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La pseudo-métaphysique du signe*

Guy Boucharda1

a1 Université Laval

Selon Roland Barthes (1964, 103), l'élément commun au champ notionnel au sein duquel le signe rivalise avec le signal, l'indice, l'icône, le symbole et l'allégorie serait que chacun de ces termes renvoie nécessairement à une relation entre deux relata. Mais la seule notion de relation ne suffit pas à caractériser le signe, surtout lorsqu'on lui confère une portée générique en vertu de laquelle il englobe sinon tous, du moins la plupart de ses « rivaux ». Une façon de préciser les choses consiste à déclarer que le signe n'est pas une relation binaire, mais une triade; c'est la voie, on le sait, qu'a préconisée Peirce: « In its genuine form, Thirdness is the triadic relation existing between a sign, its object, and the interpreting thought, itself a sign, considered as constituting the mode of being of a sign »(1966, 8.332). Une autre solution consiste à qualifier les termes de la relation; c'est ce que propose, par exemple, Roman Jakobson:

La définition médievale du signe—aliquid stat pro aliquo—que notre époque a ressuscitée, s'est montrée toujours valable et féconde. C'est ainsi que la marque constitutive de tout signe en général, du signe linguistique en particulier, réside dans son caractère double: chaque unité linguistique est bipartite et comporte deux aspects, l'un sensible et l'autre intelligible—d'une part le signans (le signifiant de Saussure), d'autre part le signatum (le signifié). Ces deux éléments constitutifs du signe linguistique (et du signe en général) se supposent et s'appellent nécessairenment l'un l'autre (1968, 162).

Footnotes

* Une version anglaise abrégée de ce texte a été présentée au congrès de la Semiotic Society of America (Salt Lake City, octobre 1983.