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L'inspiration nietzschéenne de Leo Strauss et ses limites

Simone Goyard-Fabrea1

a1 Université de Caen

En 1888, à l'heure où s'avançaient les ténèbres de la folie, Nietzsche (1844–1900), dans Ecce homo, lançait: «Je ne suis pas un homme, je suis de la dynamite». Jetant un ultime regard sur son œuvre, il en rappelait fiévreusement, depuis les Considérations inactuelles, la facture «absolument combative». Ses premiers écrits furent, disait-il alors, «quatre attentats» dans lesquels il prit plaisir à «tirer l'épée». Au milieu des affres des plus cruelles douleurs, la révolte et le combat ne l'ont jamais quitté: il aimait, confie-t-il, à «faire table rase». Il était contre Dieu, contre l'homme, contre la métaphysique, contre l'histoire, contre tout. Ainsi ouvrait-il le procès de la civilisation d'Occident, un procès destiné à renverser et à briser les tables des valeurs auxquelles se référait la longue tradition de l'humanité. Bref, il déclara une guerre sans merci à une modernité qui, pensait-il, durait depuis vingt-cinq siècles.